David Encaoua · Janvier 2025 · Manuscrit / Blog personnel
Chaque année, à Dimona puis à Netanya, des centaines de familles — certaines portant le nom Encaoua, d'autres simplement venues parce que le souvenir de cet homme les touche — se rassemblent pour la hilloula de Rabbi Raphaël Encaoua de Salé.
La hilloula — du mot hébreu signifiant « louange » ou « mariage mystique » — est la commémoration du jour de décès d'un saint rabbi. Dans la tradition juive marocaine, ce jour est paradoxalement un jour de joie : le saint a rejoint le monde vrai, le monde d'où il peut intercéder pour nous.
Rabbi Raphaël Encaoua naquit à Salé en 1848 et décéda dans cette même ville en 1935. Durant sa vie, il fut reconnu comme un tsaddik — un homme juste — doué de pouvoirs de guérison et de clairvoyance. Son tombeau à Salé était, avant l'exode des Juifs du Maroc, l'un des lieux de pèlerinage les plus fréquentés du royaume.
En 1928, sept ans avant sa mort, il fut interviewé par un journaliste. Dans cet entretien exceptionnel, il raconta la tradition orale familiale : l'expulsion de Séville, le voyage d'Éphraïm vers Tlemcen, l'installation progressive au Maroc. Il connaissait par cœur les noms de ses ancêtres sur dix générations.
"Notre famille, me dit-il par transmission familiale, porte le poids de l'exil et la grâce du retour. Nous avons été chassés de Séville, nous avons été accueillis à Tlemcen, nous avons planté des vignes au Maroc. Et un jour, nos enfants retourneront en Israël."
La prophétie s'est accomplie. Haïm Encaoua, son descendant, vivait à Dimona jusqu'en 2001.