Abraham Ankawa

Un passeur itinérant entre Maroc et Algérie · Salé 1812 – Oran 1890 · Salé → Tlemcen → Oran

Troisième passeur de pensée juive de la lignée, Abraham Ankawa se situe au croisement entre le Maroc et l'Algérie. Érudit, shohet (abatteur rituel) et juge (dayan), il incarne la grande question de tout passeur de tradition : comment faire cohabiter des traditions anciennes avec des structures sociales et politiques nouvelles ?

Jeunesse et formation

Né à Salé (Maroc), fils de Mordekhaï Ankawa (1779-1840), Abraham voyagea à Livourne (Italie) en 1838 puis en 1858, grande ville de l'édition hébraïque. Durant un séjour de trois ans à Tlemcen au début des années 1850, il constata la décrépitude de la communauté juive et fonda une académie talmudique pour la revivifier.

L'œuvre maîtresse : Keren Hemer

Son œuvre principale, Keren Hemer (Un admirable vignoble), parut en deux volumes à Livourne en 1869 et 1871. C'est un recueil de décisions juridiques (taqqanot) prises par des juges castillans venus au Maroc après l'expulsion de 1492. Selon l'historienne Jessica Marglin, « son type d'engagement dans la loi juive démontre la nécessité de recourir à une approche transnationale et transhistorique ».

Un modernisateur pragmatique

Persuadé que l'adaptation aux lois du pays d'accueil était nécessaire pour la pérennité du judaïsme, il s'appuyait sur le principe halakhique « dina de-malkhuta dina » (le droit du pays s'impose). Il démissionna de son poste de grand rabbin de Mascara en 1878 au terme de controverses, témoignant de la difficulté de cette mission de médiateur entre tradition et modernité.

Une vie de persécutions

Descendant du Rab de Tlemcen, Abraham Ankawa connut lui-même une vie d'épreuves. À Salé, sous le pouvoir marocain de l'époque, il fut emprisonné par les autorités : on l'accusait d'avoir convaincu une femme juive de ne pas se convertir à l'islam — un péché capital aux yeux du pouvoir musulman. Grâce à une caution payée par la communauté juive de la ville, il parvint à fuir et à gagner l'Algérie, alors en pleine conquête française. Il fut dayan à Mascara et vécut aussi à Oran, où il mourut en 1890 à l'âge de 78 ans.

Otsar 'Ho'hma — un trésor cabbalistique inédit

Auteur de plus de dix-sept ouvrages — traités talmudiques et halakhiques, rituels de prière, commentaires sur la Torah et la Haggada de Pessah, dont plusieurs imprimés à Livourne —, Abraham Ankawa a aussi composé un livre resté inédit : l'Otsar 'Ho'hma (« Trésor de sagesse »), un résumé des Otzrot 'Haïm du grand kabbaliste Rabbi 'Haïm Vital, disciple du Arizal. Pour éviter que ce manuscrit, resté dans l'ombre depuis près de 150 ans, ne disparaisse, le rabbin Yosef Elnekave — cousin de David Encaoua, qui vit en Israël — l'a entièrement retranscrit ; selon ses mots, ce livre est « une bombe atomique ». Le projet entend aujourd'hui sortir cet ouvrage de l'oubli et le faire imprimer grâce à l'association animée par le Rav Yosef.

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