Éphraïm ben Israël Al-Naqua

Le Rab de Tlemcen — Philosophe, médecin et guide spirituel · Tolède 1359 – Tlemcen 1442 · Tolède → Tlemcen

Fils d'Israël Al-Naqua, Éphraïm est la figure la plus vénérée de la lignée. Philosophe, médecin et guide spirituel, il fonda à Tlemcen une école de sagesse dont le rayonnement dura des siècles. Son caveau resta un lieu de pèlerinage pour Juifs et Musulmans jusqu'en 2005.

Formation et exil

Son père, partisan d'une éducation combinant sacré et profane, lui fit enseigner la philosophie et les sciences expérimentales en plus des textes fondamentaux du judaïsme. Éphraïm étudia la médecine à l'Université de Palencia. À 32 ans, il quitta l'Espagne en compagnie d'autres exilés, parmi lesquels le Rivash et le Rashbats. La route de l'exil le mena d'abord à Marrakech, puis à Honein, avant Tlemcen.

La légende du lion

Selon Didier Nebot, la légende selon laquelle le Rab chevaucha un lion pour entrer dans Tlemcen trouve une explication rationnelle : le lion symbolise le sultan, qui le supplia, en tant que médecin, de sauver sa fille malade. Éphraïm soigna l'enfant avec des médicaments à base de venin de serpent, pratique classique à l'époque. La fillette fut sauvée et il obtint deux faveurs : la permission pour les Juifs de s'installer dans le centre de la ville et l'autorisation pour des familles juives d'Espagne de venir s'établir à Tlemcen.

Le Chaar Kavod Hashem

Son œuvre philosophique principale, le Chaar Kavod Hashem (La Porte de la Gloire de Dieu), est conservée à la Bodleian Library d'Oxford. Samuel Sultan, mandaté par le rabbin Haïm Bliah (1832-1919), se rendit à Oxford pour recopier le manuscrit. Ces copies permirent en 1902 la publication à Tunis d'une édition commentée. Éphraïm y défend les thèses rationalistes de Maïmonide : la pensée biblique et la pensée rationnelle sont compatibles et leur combinaison enrichit le sens profond de la Torah.

Piyoutim liturgiques

Le Rab est également l'auteur de compositions liturgiques qui ont traversé les siècles. Un piyout pour Roch Hachana, construit sur un acrostiche alphabétique, est encore chanté dans certaines synagogues de tradition oranaise et tlemcénienne. Un chant araméen sur le Kaddish de Kippour figure dans le livre de prières de Tlemcen (éditions de Livourne).

Testament et mémoire

Le Rab s'éteignit le 13 novembre 1442 à l'âge de 82 ans. Son testament fait état de deux legs : « Je vous laisse deux sources : la source d'eau pour fortifier votre corps et la source de la Torah qui symbolise la vie éternelle. » Depuis sa mort et jusqu'en 2005, son caveau fut un lieu de pèlerinage pour Juifs et Musulmans. Une synagogue lui est dédiée à Jérusalem ; une rue porte encore son nom à Tlemcen.

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