Chapitre 7 — Israël ben Yossef Al-Naqua (†1391)

Israël ben Yossef Al-Naqua, rabbin et moraliste à Tolède, vivait au XIVe siècle. Il est le premier des passeurs de pensée juive identifiés par David Encaoua.

7.1 Le martyre du 6 juin 1391 à Écija

Selon Didier Nebot (Le Manuscrit Sacré, 2026), Israël Al-Naqua fut brûlé vif le 6 juin 1391 dans la synagogue d'Écija, près de Séville, alors qu'il était en train de prier. Il est présenté comme le premier martyr des massacres de 1391. La tradition rapporte qu'il périt sur le bûcher en tenant un Sefer Torah à la main. L'Encyclopedia Judaica situe plutôt l'événement à Tolède, où Israël était rabbin. Les deux versions concordent sur l'essentiel : Israël Al-Naqua mourut en sanctifiant le Nom divin (kiddoush Hashem), refusant la conversion forcée au christianisme. Ce geste héroïque — choisir la mort plutôt que l'apostasie — s'inscrit dans la tradition des martyrs juifs depuis l'époque des Maccabées.

7.2 L'œuvre : le Menorat ha-Maor

Le Menorat ha-Maor (מנורת המאור, « Le Chandelier de Lumière ») est un ouvrage majeur de Mousar (éthique juive) en 20 chapitres, composé à Tolède dans la seconde moitié du XIVe siècle. Son ambition était de rendre la sagesse du Talmud accessible à tous, y compris aux Juifs les plus simples, en rassemblant des enseignements dispersés dans la littérature rabbinique. L'ouvrage est structuré autour d'un symbolisme mystique : un candélabre d'or à sept branches, dont chaque branche représente un domaine fondamental de la vie éthique. Il faut noter que l'œuvre est distincte d'un autre Menorat HaMaor composé par Rabbi Yisrael Alnakawa, un homonyme partiel. Un abrégé fut publié à Cracovie en 1593. Le manuscrit complet fut publié en quatre volumes aux États-Unis en 1929-1934 par H.G. Enelow.

7.3 Le contexte des massacres de 1391

Les massacres furent précédés par les prédications haineuses de l'archidiacre Ferran Martínez d'Écija, qui pendant des années sillonna l'Andalousie en appelant à la destruction des synagogues et à la subjugation des Juifs. Malgré les édits royaux tentant de le museler, sa rhétorique incendiaire radicalisa les classes populaires, déjà excitées par les difficultés économiques et l'instabilité politique durant la minorité du roi Enrique III de Castille. Le 6 juin 1391, la populace se rua dans la judería de Séville. En trois mois, plus de 70 villes et bourgs furent touchés. Les estimations historiques parlent de milliers de victimes et de dizaines de milliers de conversions forcées dans l'ensemble de la péninsule ibérique.

7.4 La postérité intellectuelle du Menorat ha-Maor

L'influence du Menorat ha-Maor dépassa considérablement le cercle familial des Encaoua. L'ouvrage est fréquemment cité dans des œuvres majeures de la littérature rabbinique postérieure, notamment le Shenei Luchot HaBrit (Shelah) de Rabbi Isaiah Horowitz et le Rema (Rabbi Moshe Isserles). Sa popularité dans les communautés ashkénazes d'Europe de l'Est témoigne de sa portée universelle au sein du judaïsme. Pour la lignée Encaoua, le Menorat ha-Maor joue un rôle fondateur : c'est l'acte de naissance intellectuel de la famille, le texte qui établit les Encaoua parmi les familles productrices de savoir rabbinique de premier rang. L'ambition de rendre la Torah accessible à tous traverse les sept siècles de la lignée — du Menorat aux travaux de David Encaoua pour le lectorat francophone contemporain.

7.5 La transmission du Menorat ha-Maor d'Israël à Éphraïm

La tradition familiale rapporte qu'Éphraïm, fils d'Israël Al-Naqua, emporta avec lui un exemplaire manuscrit du Menorat ha-Maor lors de sa fuite d'Espagne vers Tlemcen en 1391. Ce geste symbolique — sauver le livre du père au péril de sa vie — constitue l'acte fondateur de la transmission Encaoua. Le manuscrit traversa la Méditerranée comme jadis les Hébreux traversèrent la Mer Rouge, emportant avec eux les Tables de la Loi. À Tlemcen, Éphraïm ne se contenta pas de préserver l'héritage paternel : il le prolongea en composant son propre traité, le Sha'ar Kevod Hashem, établissant ainsi le modèle de transmission qui caractérisera la lignée pendant cinq siècles — chaque génération produisant une œuvre qui à la fois préserve et renouvelle l'héritage reçu.

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