La hillula de Rav Ephraïm Encaoua, célébrée le 5 Iyar, est l'un des événements les plus importants du calendrier culturel des Juifs de Tlemcen et d'Oran.
La Hiloula (de l'araméen 'mariage', 'fête') est une tradition de pèlerinage profondément ancrée dans le judaïsme nord-africain. Le terme désigne l'anniversaire de la mort d'un saint (tsadik), considéré non comme un deuil mais comme des 'noces mystiques' de l'âme du saint avec le Divin. La Hiloula du Rab Éphraïm Al-Naqua, célébrée le 5 Iyar, est l'un des événements les plus importants du calendrier culturel des Juifs de Tlemcen et d'Oran. Des centaines de pèlerins se rassemblent à Tlemcen même (jusqu'à récemment) et dans les diasporas pour prier, allumer des bougies, réciter des piyoutim et partager des repas communautaires.
Le culte des saints juifs (tsadikim) est une caractéristique majeure du judaïsme nord-africain, particulièrement au Maroc. La vénération des tombes de rabbins et de figures saintes, les pèlerinages (ziyarat), les guérisons miraculeuses et les encères de bougies constituent un patrimoine de piété populaire d'une richesse exceptionnelle. Le Rab Éphraïm occupe dans ce pantheon des saints juifs du Maghreb une place éminente, aux côtés de Rabbi Amram ben Diwan (Ouezzane), de Rabbi Haïm Pinto (Essaouira) et de Rabbi Shimon bar Yohaï (vénéré à Lag Ba'Omer). Cette tradition de vénération des saints partage des affinités remarquables avec le maraboutisme musulman local, créant parfois des espaces de piété partagée entre Juifs et Musulmans.
Depuis 1962, des cérémonies commémoratives sont organisées dans les diasporas : Paris, Marseille, Netanya, Montréal, Dimona. En décembre 2012, François Hollande rendit hommage au Rab Ephraïm Al-Naqua lors de sa visite officielle à Tlemcen. Pour la diaspora Encaoua, ces cérémonies jouent un rôle essentiel de cohésion identitaire : elles permettent aux générations nées en France ou en Israël de se connecter à la mémoire ancestrale et de transmettre la fierté d'appartenir à une lignée pluriséculaire. La Hiloula fonctionne aussi comme un espace de retrouvailles familiales, où des branches de la famille dispersées sur quatre continents se retrouvent autour de la mémoire commune du fondateur.
La vénération du Rab Éphraïm transcenda les frontières confessionnelles. Pendant des siècles, des Musulmans de la région de Tlemcen visitèrent sa tombe pour y chercher guérison et bénédiction, tout comme les pèlerins juifs. Ce respect mutuel — documenté par de nombreux témoignages — illustre la profondeur de la coexistence judéo-musulmane au Maghreb, bien au-delà de la simple tolérance. En 2012, la visite du président François Hollande à la tombe du Rab acquit une dimension politique et symbolique, rappelant au monde que Tlemcen fut, pendant des siècles, un modèle de vie commune entre les religions. Cet héritage interconfessionnel est l'un des legs les plus précieux de la lignée Encaoua.
Les pèlerinages et lieux saints des communautés maghrébines sont au cœur des Histoires recueillies par MMJMM, qui en documente les traces, témoignages et trajectoires contemporaines.