Le Mellah de Salé est exemplaire à plus d'un titre. Ce lieu abrita une importante dynastie de juges rabbiniques (dayanim), issus tous d'une même lignée, celle des Encaoua. Cette lignée, originaire d'Espagne, remonte au XIVe siècle, et même avant selon l'arbre qui figure dans le site encaoua.org. Les représentants de cette lignée ont sillonné toute l'Afrique du Nord, depuis l'Algérie jusqu'au Maroc, et eurent de nombreux contacts autour du bassin méditerranéen.
Le Mellah de Salé est exemplaire à plus d'un titre. Tout d'abord, ce lieu abrita une importante dynastie de juges rabbiniques (dayanim), issus tous d'une même lignée, celle des Encaoua. Ils exercèrent une grande influence sur leurs coreligionnaires du judaïsme marocain et plus généralement sur tous ceux du judaïsme sépharade. En second lieu, grâce à la reconnaissance de la valeur spirituelle que les représentants de cette lignée n'ont cessé de représenter et au respect envers la religion musulmane qu'ils n'ont cessé d'exercer, le Mellah de Salé fut le théâtre d'une entente, qu'on peut qualifier d'harmonieuse, entre Juifs et Musulmans. Non seulement les dignitaires respectifs des deux religions se rencontraient fréquemment à Salé, mais de plus les populations locales musulmane et juive se respectaient profondément avant l'établissement du protectorat français en 1912. En troisième lieu, le Mellah de Salé a ceci de remarquable qu'il a été le lieu d'éclosion d'une littérature juive abondante, de nature diverse, théologique, liturgique, juridique, et poétique, et dont la valeur est largement reconnue aujourd'hui encore.
Au XIVe siècle, fut construit à Fès le premier quartier juif, séparé du reste de la population. Ce quartier fut édifié dans un ancien marché de sel, produit qui se dit millah en arabe. C'est probablement l'origine du mot Mellah pour désigner les quartiers juifs au Maroc. Pourquoi les juifs devaient-ils résider dans un lieu spécifique par rapport à leurs concitoyens arabes ? La question est encore débattue de nos jours. Certains prétendent que les dirigeants musulmans érigèrent un lieu distinct de résidence des juifs pour satisfaire la demande de la population musulmane, excédée de vivre avec des non-musulmans. Selon cette explication, le mellah traduirait une dimension discriminatoire. D'autres explications avancent l'argument que le Mellah avait une intentionnalité protectrice, servant d'abri à la population juive afin de la protéger d'éventuelles attaques.
Quelle que soit l'explication de cette assignation des Juifs à une résidence spécifique dans les villes du Maroc, il est important de noter que l'assignation ne concernait que la résidence d'habitation, et non pas le lieu d'exercice des relations professionnelles. Les Juifs pouvaient exercer leurs professions en dehors du Mellah. C'est peut-être dans cette double conjonction — assignation de résidence et liberté de circulation professionnelle — que résident les particularismes de la vie des juifs au Maroc, avant l'établissement du protectorat français en 1912. On doit noter cependant que certains Juifs, ceux qui n'acceptaient pas de vivre dans des lieux séparés du reste de la population, ont préféré se convertir à la religion musulmane. On en trouve des traces dans le fait que leurs descendants se distinguaient par leur accent et leurs noms de famille d'origine juive.